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Le Tchad des témoignages lugubres!

Le Tchad ne fait plus rêver ! Le désespoir devient le vécu de bon nombre de tchadiens. Le berceau de l’humanité serait-il en train de devenir le berceau de la tragédie ? Il y a des signes qui ne trompent pas. Une élite illettrée et manquant de vision a fait sombrer irréversiblement le pays dans un gouffre. Fonctionnaires sans salaires, étudiants sans universités, trésor public vide, vie chère, misère, angoisse, stresse, tristesse, détresse… bref notre pays est désormais le condensé de toutes les vicissitudes de la vie. Personne n’a envie de s’y aventurer. Même les originaires. Toutes ces personnes que vous allez lire ont une chose en commun : la fausseté de leurs prénoms. La sécurité oblige. Des témoignages hallucinants!

Un dimanche soir, à l’abri des rayons méchants du soleil, je me suis rendu chez Fatim. Visite de courtoisie. Fatim est un agent de santé. Elle vient de terminer ses études et est à la recherche d’emploi. Après les salamalecs d’usage, je cherche à savoir quand son retour au pays. Un dialogue s’impose.

Fatim : écoute, il n’y a rien au pays. C’est très dur au pays. Si ça ne tenait qu’à moi j’allais partir mais je reste sur l’ordre de mon père. Mon père est un agent de santé mais malgré tout il me recommande de rester à l’étranger. C’est que le pays ne donne aucune lueur d’espoir.

Moi : mais le pays a besoin des agents de santé comme toi ? Pour toi, ça doit être plus facile !

Fatim : hum ! Tu fais semblant de ne rien comprendre ou bien tu ignores réellement ce qui se passe au pays ? Je vais te faire une confidence : mon père a sa propre clinique mais me demande de rester me chercher à l’étranger. Je pense que tu comprends tout maintenant.

Moi : tu pourras aller travailler donc dans sa clinique ?

Fatim : tu veux tout savoir, toi ! Tu es trop curieux.

Ouagadougou, la mythique Place de la Révolution. 6 mai 2016, il est 22h13. Nous sommes au Festival Jazz à Ouaga. L’espace est bondé de monde. Difficile de se frayer un chemin. On y est : une table libre avec quelques chaises. Nous y avons pris place. Après une longue et fatigante interview avec la chanteuse Rokia Traoré, on doit se désaltérer. Dans nos échanges, une voix féminine s’adresse à moi. Elle s’appelle Wendy. Wendy est sans langue de bois.

Wendy : es-tu Burkinabè ?

Moi : pourquoi une telle question sur mon identité ?

Wendy : je te questionne parce que tu as un accent tchadien

Moi : connais-tu le Tchad ?

Wendy : je viens d’arriver de N’Djamena. J’habitais à Chagoua. J’ai été à plusieurs reprises au marché de Dembé. Je suis cinéaste et comédienne. J’y étais pour un tournage qui a pris près de 3 mois et deux semaines.

Moi : oui, je suis tchadien. Mais comment as-tu trouvé mon pays ?

Wendy : les tchadiens mangent en groupe comme au Mali ; ils sont très accueillants et aiment bien les étrangers. Mais hors mi ces valeurs, je suis désolée mais le Tchad est un pays extrêmement violent. La vie humaine y est banalisée. Un pays militarisé et malheureusement la plupart de ces militaires sont analphabètes et agissent avec une brutalité inouïe. La vie est chère avec son lot de misère. Trop de pauvres ! Trop de mécontents ! Et le gouvernement ne fait rien pour soulager la population. J’ai observé la société tchadienne avec l’œil du cinéaste, d’artiste mais… si les tchadiens ne prennent pas leur destin en main alors leur avenir ne serait que ruine et désolation. Quand j’ai atterri à N’Djamena, je me suis demandé pourquoi nous burkinabè, avions chassé Blaise Compaoré ? Blaise a géré le pays sans ressources mais voilà comment est le Tchad, pays riche et même très riche où coule le pétrole ! J’étais impatiente de rentrer chez moi parce que la capitale tchadienne est très effrayante surtout qu’on ne cessait de nous répéter de ne pas s’éloigner de la maison. Quant à toi, je te conseille de rester au Burkina après tes études ou au besoin choisi un autre pays mais repartir au Tchad, n’y pense même pas. A moins que tu aies des bras longs. Le mal du Tchad, c’est un homme : votre président. Un président qui n’excelle que dans l’atrocité et la violence. Il envoie des tchadiens se faire tuer sur différents fronts et pense faire du bon boulot. S’il savait que ses homologues se moquent de lui. Peu importe le contrat qu’on me proposera, je ne compte pas repartir au Tchad de sitôt !

Eh, j’espère que je n’ai pas trop parlé hein ?

Moi : non. Merci de me parler à cœur ouvert.

On ne s’est plus revu depuis ce jour. Mais j’ai la chance de sympathiser avec un autre cinéaste. Lui, a fait 6 mois à la capitale tchadienne pour le besoin d’un tournage de film. Son souvenir sur le Tchad se résume en une expression connue de tous : on vit au Tchad qui peut et non qui veut.

Moi : c’est-à-dire ?

Il secoue la tête et ne dira plus rien. J’ai tout compris. Sa déception n’a d’égale.

Dagnoen, un des quartiers de Ouagadougou. En face de nous, le cimetière où est enterré Thomas Sankara. Nous arrivons à voir de loin les traces de la tombe après son exhumation. Je suis en compagnie de Todé, un étudiant tchadien en vacance et par ailleurs fils d’un ancien ministre.

Moi : rentreras-tu pour les vacances ?

Todé : moi, non !

C’est avec un air désintéressé qu’il a répondu à ma question. Je reviens à la charge.

Moi : pourquoi ?

Todé : je ne rentre au Tchad qu’en cas de force majeur. Je finis mes études ici et je vais chercher quelques choses à faire ici. L’espoir est maigre au bled. Notre pays est sans avenir. Et toi, comptes tu rentrer ?

Moi : bien sûr que oui !

Il rit à gorge déployée avant de me confier : tu ne feras même pas un mois au pays pour qu’on te tue. Toi, avec ta gueule là ! Si tu veux te suicider, vas-y.

Un malheureux moustique qui a bourdonné dans mes oreilles a mis fin à notre dialogue. Zut !

3 octobre 2016. Il est 20h56. Très fatigué d’avoir couvert toute la journée du 2 octobre consacrée au lancement du projet du mémorial Thomas Sankara, j’étais couché. Mon téléphone s’est mis à sonner. Marilyne au bout du fil, stressée et angoissée. Elle était vraiment préoccupée. Marilyne est étudiante en fin de cycle et se prépare pour regagner les siens après plusieurs années à l’étranger.

Moi : qu’est-ce qui se passe ?

Marilyne : mon père vient de m’appeler et me demande de prolonger mon séjour pour au moins une année encore ! Il m’a dit que ça ne sert à rien de rentrer maintenant. Il me recommande de chercher un petit job.

Moi : pourquoi une telle décision de sa part ?

Marilyne : il m’a fait savoir que tout est bloqué au pays.

Moi : si ça ne te gêne pas alors on en parlera demain.

Marilyne : OK, merci et bonne nuit.

Je vais de ces pas pour écouter Marilyne. A bientôt pour le compte rendu.

Masbé NDENGAR

Tag(s) : #tchad, #témoignages, #rève
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