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TECHNOLOGIE : NARCISSE DANON, CE JEUNE TCHADIEN QUI INVENTA « MUN »

« MUN », ça vous dit ? Certainement non. C’est un nouveau concept qui vient de voir le jour. Entendez par "MUN" un Marché Unique Numérique. Tout est numérique : pour manger, il faut cliquer, pour acheter il faut cliquer… en toute chose il faut donc cliquer. C’est fort de ce constat que ce jeune tchadien, Narcisse Danon a mis en place cette plateforme numérique qui est non seulement, selon lui, une façon de faciliter la tache aux hommes affaires mais créer de l’emploi sur le continent : « Nous pensons atteindre 100 employés d’ici fin 2016 », promet-il. Une année de dur labeur, 6 millions de fcfa d’investissement, voilà ce que MUN a couté. Ingénieur système en réseau informatique de télécommunication et par ailleurs étudiant en 1re année de thèse en business administration, Narcisse Danon est un amoureux du monde des affaires et qui dit trouver sa satisfaction en donnant du « job » a son prochain : « Personnellement, ce qui me plait le plus, c’est lorsque j’arrive à donner de l’emploi à mon prochain ». MUN a été lancé officiellement à Ouagadougou le 12 mars 2016, lors d’une conférence de presse. Quelles sont les visions de Narcisse Danon ? Les difficultés liées à l’entrepreneuriat, la situation socioéconomique du Tchad, la baisse du prix de baril de pétrole qui paralyse l’économique tchadienne… toutes ces questions ont été abordées sans détour dans cette interview qu’il a accordée à la rédaction de Tchad Révolution.

Vous avez procédé au lancement d’une plateforme baptisée MUN. De quoi s’agit-il ?

MUN est un marché unique numérique. Le 1er concept Business to Business and Business to customers. En d’autres termes, c’est un réseau qui regroupe les hommes d’affaires, qui relie les commerçants aux fournisseurs d’une part et d’autre part les commerçants aux consommateurs finaux à travers la plateforme MUN.

MUN est-il un site Internet ?

MUN est une plateforme qui est accessible grâce à l’Internet.

Pourquoi le choix du Burkina Faso pour le lancement officiel de MUN et non pas votre pays le Tchad ?

Je voudrais vous faire savoir qu’être tchadien ne signifie rien pour moi. Tout ce que je sais, c’est que je suis africain. Je suis né au Tchad, j’ai étudié et j’ai parcouru beaucoup de pays africains donc lancer mon projet au Burkina Faso c’est comme le lancer chez moi.

Vous vous réclamé africain mais la composition de votre équipe administrative est purement tchadienne. N’est-ce pas un paradoxe ?

Je pense que vous allez un peu loin parce que dans mon équipe il n’y a pas que des Tchadiens. C’est tout un collège de réflexion qui avait été mis en place et il n’est pas composé uniquement que des Tchadiens. Nous avons travaillé en tandem avec des Burkinabè et des Congolais. Bref, c’est une équipe africaine.

Quelles sont les raisons qui ont motivé la création de cette plateforme ?

Les raisons sont  nombreuses. Nous sommes allés sur la base qu’il y a l’insécurité dans la sous-région empêchant les jeunes entrepreneurs d’entreprendre aisément d’un pays à un autre. Cela a contraint certains à abandonner leurs activités. Ceux qui ont pris le risque de voyager à travers le moyen le plus cher, c'est-à-dire le vol se donnent la peine de repartir toutes les dépenses qu’ils ont eu a effectuées durant le voyage, notamment les billets d’avions, les frais d’hôtels, de séjour, de restauration… sur les prix des articles qu’ils revendent aux consommateurs finaux. Cela amène à assister à la cherté de la vie alors qu’ici en Afrique, nous avons peu de revenu mais nous consommons chers.

Nous constatons également qu’il y a une question liée aux affaires locales, c’est-a-dire que les gens n’arrivent pas à aller au-delà des frontières pour faire les affaires. Pour leur permettre d’aller au-delà des frontières, il faudrait mettre à leur disposition un outil pour créer aisément leur business et vendre au-delà des frontières.

L’insécurité est également virtuelle, alors quelles dispositions avez-vous pris pour lutter contre cela ou rassurer les hommes d’affaires qu’ils sont à l’abri des arnaques et autres ?

La sécurité n’a jamais été garantie à 100%. L’insécurité est partout. Elle existe même dans nos maisons. Mais nous travaillons à minimiser le risque. MUN a un collège de réflexion composé de plusieurs ingénieurs en sécurité système, en développement, etc. qui travaillent jour et nuit pour sécuriser la plateforme. On ne vous promet pas la garantie à 100% mais nous ferons de notre mieux pour assurer la sécurité à un niveau acceptable.

Quelles sont les cibles que MUN visent ?

MUN est pour tout le monde.

Homme d’affaire, travailleur, père de famille, étudiant, etc. comment vous arrivez à concilier toutes ces activités à la fois ?

C’est une question de passion. J’ai la passion d’entreprendre depuis longtemps, quand j’étais encore au lycée. Mener plusieurs activités à la fois n’est pas fatigant pour moi. J’arrive à respecter mon programme afin de faire ce que j’aime.

La situation socioéconomique du Tchad fait que la jeunesse tchadienne semble démotiver et perd l’espoir de croire en l’avenir. D’où tirez-vous cette énergie d’entreprendre ?

Je ne renie pas le fait que je sois Tchadien mais je vous réitère que je suis Africain. Et en bon Africain il faut toujours travailler à aller de l’avant. Ça c’est d’une manière générale mais particulièrement, un Tchadien est celui là qui n’abandonne jamais. Bien vrai que notre cher pays le Tchad traverse une période assez difficile, des complications socio-politiques mais cela ne doit pas empêcher la jeunesse de continuer à innover et à se lancer davantage parce que nous devons également exprimer notre manière de voir les choses à travers l’innovation et les actes de ces genres pour pouvoir contribuer au développement de notre pays. Les problèmes qui gangrènent notre pays ne doivent pas nous empêcher de continuer à innover et à vivre.

Comment comptez-vous associer les entrepreneurs Tchadiens à votre plateforme ?

MUN est ouvert à tout le monde, au monde entier en général et en particulier à tous les Africains. J’ai un programme bien définit et détaillé et je vais travailler à travers un forum qui sera organisé dans le futur pour toucher un grand nombre de Tchadiens pour leur permettre de savoir comment utiliser un outil aussi facile pour créer son business et devenir son propre « boss ».

Vous employez combien de personnes actuellement ?

Au Burkina Faso, nous avons cinq employés. Mais à travers l’Afrique nous estimons le nombre à 25 employés pour le moment. Nous pensons atteindre 100 employés d’ici fin 2016.

Est-ce une façon pour vous de contribuer à lutter contre le chômage ?

Evidemment ! En créant cette plateforme, c’est booster les jeunes à entreprendre eux même leurs emplois. Aujourd’hui, comme je l’avais déjà dit, il y a l’insécurité qui empêche les jeunes d’entreprendre mais avec cet outil, les jeunes peuvent créer leurs propres emplois. Pour ce faire, nous devons augmenter le nombre du personnel. Si nous prenons par exemple un pays comme le Tchad, un jeune peut créer mille boutiques numériques où ils peuvent arriver à proposer leurs gammes de produits à un grand nombre de consommateurs sur MUN ou autre plateforme numérique. En résumer, grâce à MUN nous pouvons créer facilement mille emplois.

Quelles sont retombées de MUN pour vous ?

La satisfaction morale constitue la plus grande retombée pour moi. Si les gens sont satisfaits nous également nous sommes satisfaits.

Qu’en est-il de la satisfaction financière ?

Nous sommes encore en période d’essai. Cela veut dire qu’il nous faut encore des moyens pour que cette plateforme puisse continuer à exister. Comme je l’ai mentionné, nous avons un collège de réflexion composé des ingénieurs, des marketeurs et des communicateurs. Alors il faut bien que ces employés vivent de leur travail et cela nécessite des frais.

La conception de cette plateforme vous a couté combien en temps et en argent ?

Nous avons pratiquement pris une année pour la conception de cette plateforme. Sans vous mentir, cela nous a pris énormément d’argent. Nous estimons cela à 6 millions de fcfa.

Comment Narcisse Danon est-il arrivé aux affaires ? Au delà de la passion est-ce que c’est l’amour du gombo ?

Non, il ne s’agit pas de l’amour du gombo quand bien même que derrière un travail on attend une retombée financière. Je suis celui là qui n’est jamais satisfait d’un travail abattu. Je suis celui là qui cherche toujours à se perfectionner, à aller au delà de ce qu’il fait. Personnellement, ce qui me plait le plus, c’est lorsque j’arrive à donner de l’emploi à mon prochain. C’est dans cette optique que mes réflexions m’ont poussé à créer une plateforme qui peut non seulement permettre à mon entourage d’avoir de l’emploi mais également à ceux du reste du monde à  créer des emplois.

Narcisse Danon fait partie du bureau MPS (Mouvement patriotique du salut, parti au pouvoir) de Ouagadougou. Avez-vous des ambitions politiques ?

Aucunement ! Mon appartenance à un parti politique n’a rien à voir avec mes affaires. C’est juste donner un coup de pouce à ce parti que j’ai cru et que je continue de croire à ses projets de sociétés.

Quels conseils avez-vous à donner à la jeunesse tchadienne qui semble démotiver ?

Il faudrait en ce moment le plus difficile, ce moment où notre pays est en train de traverser une crise politique s’armer de courage et continuer à innover.

Le taux de chômage augmente et malgré tout, le gouvernement tchadien a suspendu l’intégration à la fonction publique pendant au moins trois ans. Que pensez-vous de la décision du gouvernement ?

Ce sont des questions politiques et moi je ne suis pas un politique et par conséquent je n’ai aucune connaissance en analyse politique mais personnellement j’ai réfléchi sur cette question sous un angle économique parce que je m’intéresse beaucoup à l’actualité économique de mon pays. Je pense que ce sont des moments durs et très difficiles mais il faut noter que ce n’est pas la 1re fois que le Tchad traverse un moment pareil. Le Tchad est un pays qui a sombré pendant 40 ans dans la guerre. Qui parle de la guerre parle de la misère et qui parle de la misère parle du déficit économique. Alors, selon mon analyse, le gouvernement a ses raisons parce qu’il ne suffit pas seulement d’empocher les gens mais il s’agit plutôt d’intégrer les gens et de pouvoir les prendre en charge. Donc si l’Etat tchadien n’arrive pas à payer le salaire normalement comme il se doit, je pense qu’il est totalement normal de stopper l’intégration et essayer de se réorganiser économiquement et également revoir le volet budgétaire afin de pouvoir se réengager.

Economiquement parlant, le pays semble paralyser, les faits sont parlants. Est-il justifiable pour un pays pétrolier comme le Tchad d’arriver à tel niveau ?

Ce sujet est assez complexe. Le Tchad est effectivement un pays producteur de pétrole et je crois que si vous avez suivi les informations, le prix du baril a baissé et cela impacte. Aujourd’hui le fait que le Tchad exploite le pétrole fait en sorte qu’on considère ce secteur comme le 1er secteur qui produit du revenu. Et du coup quand le prix du baril a baissé cela a impacté l’économie. Ensuite, le Tchad a pris l’initiative que je salue d’intervenir dans les pays africains frères en crise, notamment le Mali et le Nigeria où il y a eu le terrorisme. Cela a couté énormément au Tchad parce que toutes ces interventions étaient financées par le trésor tchadien. Ces actions n’ont pas été encouragées par l’opinion internationale. C’est donc normal que l’Etat tchadien rencontre des difficiles économiques.

Avez-vous un message particulier ?

Je n’ai pas grand-chose à dire à part inviter les jeunes africains à croire en eux et continuer à lutter.

Propos recueillis et transcrits par Masbé NDENGAR

Tag(s) : #Tchad; Narcisse Danon; MUN; invention
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