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Ceux qui savent mourir meurent à Soweto

Sous ce soleil de plomb de Ouagadougou du lundi 21 mars, je viens de me rendre compte que nous sommes à sept jours de notre lutte. Passé des nuits blanches à cogiter, je me demande finalement quel est le sens de notre destiné. Une jeunesse physiquement et moralement kidnappée et étouffée dans sa marche vers l’avenir présage inévitablement la descente dans les abîmes de notre pays. Nous passons la nuit en pleine lune. Entassés par groupe de cinq ou dix sur des nattes ou tapis de deux places.

Moustiquaires mal attachés par manque de place ; les visages blanchis par la poussière de la nuit, période de l’harmattan oblige. Nos corps portent les stigmates des intempéries. Fatigués, essoufflés, affamés, assoiffés mais nous sommes déterminés à écrire cette page de l’histoire pour les générations futures.

Les regards inquiets, nos paupières sont lourdes par manque de sommeil. L’avenir semble nous fuir. Aujourd’hui l’ambassade de notre pays au Burkina Faso présente le visage d’un digne camp de réfugié. Oui, nous sommes des réfugiés dans notre pays ! Des réfugiés tout simplement parce que nous demandons à aller à l’école, étudier.

Jetés sur le chemin de l’exil, torturés moralement, fatigués, affamés, nous faisons du désespoir notre allié avec une conviction ferme que nous parviendrons. Le désespoir a toujours précédé l’espoir. Abandonné au tarmac de la vie par son pays est un acte criminel.

La lumière du soleil ne nous inspire plus confiance ! Le gout de l’eau devient amer dans nos bouches ! La nourriture est fade. L’avenir est blafard. Si l’histoire s’écrit dans la douleur alors nous écrivons la notre bien volontiers. Nous sommes aujourd’hui devenus ceux qu’il convient d’appeler les « étudiants de Soweto ». Et si notre ambassade ou notre pays devient Soweto alors nous y mourons bien volontiers.

Tag(s) : #étudiants chaddiens au Burkina Faso; Idriss Deby;détournement
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