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Portrait : Koulsy Lamko, grande figure de la littérature tchadienne !

S’il y a un pays qui ne sait pas valoriser ses fils, c’est bien le Tchad. Ce pays a connu des valeureux hommes qui sont souvent méconnus. Certains sont rangés tout simplement dans les oubliettes. Artistes, écrivains, professeurs d’université, avocats, médecins, scientifiques, etc. nombreux sont des compatriotes qui excellent dans leur domaine à l’étranger et qui pourraient contribuer au développement du pays. Mais faudrait-il que leurs compétences soient reconnues surtout dans un pays où l’intellectuel est bien au contraire, considéré, comme l’ennemi du pouvoir qu’il faut à tout prix écarter, envoyer en exil. Et nombreux sont effectivement en exil avec tout ce qu’ils possèdent comme ressources. Parmi ces valeureux enfants du pays contraints à partir, figure Koulsy Lamko, un intellectuel plein, multifonctionnel. Il a quitté son pays en proie à la guerre en 1983. Ecrivain, artiste chanteur, enseignant, comédien, poète, etc. Koulsy est un amoureux de la littérature dans l’âme mais aussi un révolutionnaire aux cotés de Thomas Sankara. Découvrons cet homme au savoir faire multiple. Cet article est un recueil d’informations glanées sur l’homme. C’est par désire de faire découvrir un compatriote qui fait la fierté de notre pays et qui semble être méconnu par bon nombreux de jeunes de ma génération.  C’est un hommage.

Koulsy Lamko a vu le jour à la veille de l’indépendance du Tchad (11 août 1960), à Dadouar le 25 octobre 1959. Dramaturge, romancier, poète, essayiste, Koulsy est titulaire d’un doctorat en Langues et littératures de l’Université de Limoges (France) obtenu en 2003 et un DEA en Textes et langage, littératures générale et comparée. Il est également titulaire d’un Certificat en Entrepreneuriat et Gestion Culturelle.

Comme bon nombre de tchadiens, Kousy Lamko a quitté son pays pour éviter les affres de la guerre que le Tchad a connu depuis toujours. Il déposa ainsi ses valises au Burkina Faso en 1983 où il a participé activement à la Révolution Démocratique et Populaire de Thomas Sankara. Fasciné par Thomas Sankara qu’il a fait sa connaissance ainsi que par ses idéaux, il fut un militant engagé de la Révolution populaire.  Du Burkina où il résidait, il poursuivait ses études de Lettres et Art et y a enseigné pendant trois ans avant de travailler à l’Institut des Peuples Noirs. Il s’y consacre par la suite à la promotion du théâtre communautaire, participe à la naissance de l’Institut des Peuples Noirs en tant que concepteur de programmes et participe aussi à la fondation du Festival International du Théâtre pour le Développement.

En 1997, à l’occasion de la 10e commémoration de l’assassinat de l’homme politique Thomas Sankara, il sort le CD « Bir Ki Mbo », en hommage à Thomas Sankara. Ce n’est pas tout, en collaboration avec Odile Sankara, la sœur cadette du capitaine Thomas Sankara, il a organisé dix ans plus tard la « Caravane Tom Sank 2007 » du Mexique au Burkina, une caravane internationale d’artistes et de juristes.

 On retiendra de son album une chanson de tristesse et pleine de mélancolie qui donne du frison. Mais au fond, l’artiste dénonce les assassinats des dirigeants au rythme d’une mélodie dont seul lui connait le secret. Il s’agit du morceau : « Mame Non Yo » que Badai Gam, un compatriote, commente sur son compte YouTube en ces termes : « Cette chanson est à faire frissonner. Et la voix grave de Koulsy Lamko en rajoute à la solennité. On passe de la complainte, à la dénonciation en finissant par la défiance vis à vis des dirigeants qui siphonnent les ressources et pire, ceux qui dans certaines contrées comme celle dont l'auteur est issu, sont criminels. Très belle œuvre ». Cette chanson, tel un hymne à la révolte, est scandée et chantée à l’unisson par les manifestants dans les rues de N’Djamena. Lien : https://www.youtube.com/watch?v=DTLqlODpx20

Après le pays des hommes intègres, il s’en volera pour la France. Après un séjour au Festival International des Francophonies, il a déménagé au Rwanda, où il a fondé le Centre Universitaire des arts de l’Université Nationale du Rwanda (CUA) et a enseigné le Théâtre et la Création Littéraire. À partir du CUA, il prend activement part aux stratégies culturelles pour la prévention et gestion des conflits et la réconciliation dans le contexte post-génocide du Rwanda. Il publiera un roman qui évoque le génocide rwandais de 1994. La Phalène des collines tel est le titre de l’œuvre sortie en 2000. En 1998, il participe avec les autres à la résidence d’écriture "Rwanda, écrire par devoir de mémoire". Il résidera au Rwanda jusqu’en 2002.

Il sera invité par la suite au Mexique par le Parlement international des écrivains. Nous sommes en 2003. Dès lors, il décide de s’installer au Mexique où depuis 2010, il a fondé Casa R. Hankili África, une maison de refuge pour les écrivains et artistes africains et un centre culturel voué à la promotion des cultures africaines et celles de la diaspora noire.  

Enseignant chercheur et conférencier, Koulsy Lamko a enseigné et partagé de nombreuses conférences sur la Création littéraire,  la Sémiologie dans les arts de la scène, le théâtre en Afrique, la Littérature africaine et le Cinéma, la Gestion des entreprises culturelles et les Études africaines dans les Relations internationales, cela dans plusieurs universités et instituts : American University of Nigeria, Instituto Tecnológico Autónomo de México Casa Hankili África México, Universidad Autónoma de la Ciudad de México (Coordinador de Diffusion Cultural y Extension Universitaria), Universidad Autónoma del Estado de Hidalgo México, Universidad Nacional Autónoma de México,  National University of Rwanda, Institut des Peuples Noirs , Burkina Faso, etc.

Homme de lettre et intellectuel avéré, Koulsy s’invite au débat de l’heure avec la brûlante question du FCFA. On se souviendra qu’en janvier 2020, Koulsy Lamko et une cinquantaine d'intellectuels publient une déclaration demandant l'ouverture d'un débat populaire et inclusif sur la réforme du Franc CFA en cours et rappelant que la question de la monnaie est fondamentalement politique et que la réponse ne peut être principalement technique.

Panafricaniste dans l’âme, l’artiste voit d’un mauvais œil la présence française en Afrique et surtout dans son pays. Pour lui la situation sécuritaire qui prévaut actuellement au Sahel, la France y a sa grande responsabilité. Dans une analyse publiée le 27/04/2021 sur le site « seneplus »(https://www.seneplus.com/opinions/la-france-confirme-le-tchad-dans-son-statut-de-camp-militaire-de), il met le doigt dans la plaie. Morceau choisi : « Les djihadistes, la France les a armés par l’effet domino de la destruction de la Libye qu’elle a orchestré. Les djihadistes, la France connaît très bien leur agenda ». Ni la France ni aucune autre force étrangère n’est sur le sol africain pour les beaux yeux des africains. C’est du moins l’avis de Koulsy qui tire la sonnette d’alarme : « Nul secret pour personne que les forces d’intervention militaires, qu’elles soient celles de l’ONU ou celle des armées qui viennent à la rescousse des pays dont elles ont aidé à provoquer l’éclatement, n’interviennent que pour des intérêts économiques et/ou géostratégiques. Pyromanes et pompiers à la fois ».

Selon le poète-révolutionnaire, au nom de ses intérêts, l’ancien colon maintient au pouvoir des personnages qu’elle pourrait exploiter à sa guise avec comme argument, l’épineuse question sécuritaire. Ce fut le cas au Tchad après le décès de Idriss Deby. « De centaines de jeunes qui crèvent, mais également un arrière-pays figé, pris en otage, statufié dans une misère moyenâgeuse. Et l’on agite le spectre de l’instabilité, l’épouvantail du chaos que l’on provoque soi-même ! Et dans la balance s’accumulent tous les arguments du chantage ! », révèle-t-il.

Koulsy Lamko, loin de son pays, pleure le sort de la jeunesse tchadienne sacrifiée sur l’autel du pouvoir. Elle est utilisée comme la chair à canon sur les théâtres des opérations : « une jeunesse sacrifiée, mercénarisée à souhait qui joue au proxy et écume les champs de bataille du Sahel, au Mali, au Nigeria, au Niger, en Centrafrique, au Cameroun… et parfois jusqu’au Congo ! Une continuité historique sans conteste ».

Avec plus de 34 œuvres à son actif, allant de Théâtre aux Contes en passant par Romans, Poésie, Essaie, Scénarii, Koulsy est sans nul doute parmi les écrivains Tchadiens qui ont le plus produire des œuvres. Un pur talent devenu un anonyme dans son propre pays par la nouvelle génération. Et pourtant il peut contribuer énormément au système éducation tchadien mourant. Il suffit juste de le mettre à contribution.    

Masbé NDENGAR

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