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N’Djamena, la capitale du crime

N’Djamena, la capitale tchadienne est effrayante. L’insécurité ambiante impose une psychose générale au sein de la population. Les agressions sont quasi permanentes. Vols à mains armées, agressions, menaces, violes, assassinats…N’Djamena rime avec criminalité. Cette ville est devenue sans nul doute une scène de crime. Tuer y est devenu un banal rituel. Mopi Célestine (64 ans) fut violée avant d’être assassinée par deux jeunes. Ces criminels ne se sont pas limités là. Ils ont aussi cassé son cou. Une jeune fille de 20 ans a connu le même sort : violée puis assassinée. En plus d’être insalubre, N’Djamena ou se baigner et se reposer, n’est pas de tout repos mais est devenue une ville hautement criminogène, qu’il conviendrait d’appeler la capitale du crime.

Ville cruelle. Il ne s’agit pas de l’œuvre de l’écrivain camerounais, Eza Boto. Mais c’est une appellation qui conviendrait au mieux au « N’Djamena ». Elle est cruelle de par ce qui s’y passe. Les assassinats par les brigands font partie du vécu des populations. Ces dernières souffrent le martyr au sens propre du terme. J’ai foulé la capitale tchadienne en octobre 2019. Un jour je décide de sortir. Contre tout attente, je reçois une consigne très ferme de mon grand frère. « 18h ne doit pas te trouver dehors », me recommande-t-il avec fermeté. Je l’ai trouvé rigolo, moi qui circulait dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest, en oubliant la notion du temps. Un autre grand frère s’inquiétait et tentait vainement de m’empêcher de regagner la maison aux environs de 17h quand je lui ai rendu visite. J’ai sous-estimé leur peur alors qu’elle traduit la triste réalité.  La recrudescence de l’insécurité, les agressions et meurtres de multiplient à la barbe des forces de l’ordre et des autorités en charges de la sécurité. La population est fatiguée et désabusée. C’est pénible ! pénible d’assister chaque jour aux horribles situations tragiques où drames et mélancolie se mêlent. Les larmes n’ont cessé de couler pour une victime qu’un autre crime se produit. Tenez, de janvier à février 2020, nous avons enregistré 3 morts les plus crapuleux. Dr Tapohol Haoussou Crios, Mopi Célestine et la jeune fille de 20 ans violée puis assassinée sont des crimes les plus odieux qu’a connu le Tchad en 2020, en moins d’un mois (en 20 jours). 

En seulement 20 jours donc notre pays a enregistré 3 morts les plus choquants. Tapohol Haoussous Crios est tombé, dans la nuit du 28 janvier 2020, à Gassi (N’Djamena). Il a été abattu par des individus qui ne seraient pas encore identifiés. La nouvelle moto qu’il venait de s’en procurer serait convoitée par ceux-là même qui ont tiré sur lui à bout portant. On hôte la vie humaine pour une banale moto ! c’est à ne rien comprendre…mais c’est ça, hélas, le Tchad réel.

Les larmes n’ont pas eu le temps de se régénérer que Mopi Célestine est tombée mais de quelle manière ? Horrible ! au petit matin du 13 février 2020, alors qu’elle se rendait à la prière qu’elle a rencontré le chemin de deux monstres : Ludovic Nera et Kousparé Josué. Les deux diablotins l’ont violée ensuite l’ont assassinée et cassé son cou. Quelle cruauté humaine !? Cette monstruosité continue de secouer le pays entier. Chaque tchadien est touché dans sa chair. Chacun tente à sa manière de comprendre les raisons de cette hécatombe mais c’est au-delà de toute logique humaine. Qu’est-ce qui peut bien pousser les enfants de moins de 30 ans à violer leur mère sinon leur grand-mère (64 ans) avant de l’assassiner ensuite lui casser le cou ? Une énigme difficile à élucider.

Dans la nuit du 20 au 21 février 2020, une jeune fille, 20 ans, a été violée puis assassinée à Chagoua à N’Djamena. Une distance d’environ un kilomètre sépare les deux scènes de crimes, celle de Mopi et de cette dernière.  Ses bourreaux lui ont enfoncé de l’argent, un billet de 2000fcaf, dans sa bouche. Comme pour dire que sa vie serait à vil prix, en occurrence 2000f.

N’Djamena ne donne aucune raison à un touriste de la visiter à l’exception de la chaleur humaine reconnue aux Tchadiens. Une ville sale, véritable poubelle, des rues ensablées et étroites, circulation dangereuse, manque d’éclairage public. Une ville dégoûtante même pour les originaires, surtout en saison pluvieuse ou au lieu d’être la « vitrine de l’Afrique » elle se transforme en une véritable gigantesque piscine d’Afrique. Piscine d’eau boueuse et sale, pour être plus précis. La capitale tchadienne est hautement sanguinaire et les témoignages des expatriés qui l’ont visité est honteux pour ceux qui dirigent le pays mais l’est aussi pour nous tous tchadiens. Morceaux choisis sur le site Ipag.

« Tchad-évitez tout voyage non essentiel », titre un voyageur qui a y séjourné quelques jours avant de poursuivre : « Évitez tout voyage non essentiel au Tchad, y compris à N’Djamena, la capitale, en raison du risque de crimes violents et de la menace terroriste ». Et ce n’est pas tout. Un autre n’est pas allé du dos de la cuillère pour étaler la réalité patente : « lorsque l’on va au Tchad, il ne faut surtout pas oublier la composante sécuritaire. Ce n’est pas un modèle de démocratie, l’Etat de droit est une notion vague. Les voleurs de sacs à mains et les bandits de grands chemins (coupeurs de routes) sévissent au quotidien ». C’est tout simplement révélateur, cette perception des autres sur notre pays. Même Deby, s’il est animé, par une once d’honnêteté ne pourra apporter un démenti. Et si on n’y prenne garde, le Tchad décrira, dans un futur très proche, un abîme noir. Loin de moi une quelconque idée apocalyptique mais ne soyons pas non plus des négateurs de l’évidence. D’autant plus que même devant la présidence des citoyens tchadiens sont battus à bout portant dans un déni total de justice.

C’est un pays où on tue la population, en riant, pour protéger le président. Le Palais Rose est rouge de sang des victimes assassinées pour assurer la sécurité du président mais aussi des victimes politiques. Combien de Tchadiens sont tombés ici ? Sortez vos calculatrices… Bon nombre de nos autorités sont des vecteurs d’insécurité. Ce n’est pas Kabadi qui dira le contraire, champion à écraser et à ôter la vie à son passage. Comment peut-on expliquer de telles dérives sécuritaires dans un Etat connu pour ses hauts faits de guerre, ses forces militaires ? Comment se fait-il que des enfants violent ensuite assassinent la victime de leur forfaiture ?

Échec parental ou gouvernemental ? la responsabilité est double. Ces jeunes sont le résultat d’un échec éducationnel. Lorsqu'on fait savoir aux gosses que la femme c’est juste une  mara sakit, entendez par là, ce n’est qu’une femme. Il n’est pas donc surpris de la réduire à un simple objet sexuel et pire l’éliminer et il n’y aura rien. Combien de malfrats sont libres de leurs mouvements après leurs actes ignobles ? La culture d’impunité qui s’est installée avec l’avènement du MPS n’est pas de nature à arranger les choses. L’Etat a échoué dans sa mission de protéger ses citoyens. Il est presque toujours absent.  

En effet, nous félicitons la police qui agit toujours après que l'irréparable soit produit. Elle réagit toujours après coup mais n'agit presque pas. Malgré tout, elle est saluée pour avoir fait partiellement son travail, sa mission.  Cette police, entraînée à traquer opposants, activistes et à mâter étudiants et élèves doit être proactive. Nous voulons avant tout vivre. Travaillez donc à préserver la vie au lieu de courir après les bourreaux. Trop tard. Acceptons que ceux qui sont au pouvoir ont échoué dans leur mission de protéger ceux qu’ils ont juré, la main sur le cœur, d’assurer sa sécurité. C’est la faillite de notre Etat.

Cet article a été publié dans le journal Le Baromètre no 022 du 13 au 27 juillet 2020

Masbé NDENGAR

Tag(s) : #ANS, #Deby, #Tchad, #N'Djamena, #capitale, #crime, #violence, #pays, #politique, #assassinat, #MPS, #régime, #pouvoir, #insécurité

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