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Conflit inter-communautaire : Déby ordonne aux militaires de tuer par balles

« S’il y a encore des conflits entre Arabes et Ouaddaiens, et entre Mouro et Dadjo, vous tuez ici et vous tuez là-bas. Vous tuez dix de chaque côté afin de sauver la majorité. Vous avez l’autorisation. Celui [militaire] qui ne respecte pas, monsieur le ministre, vous prenez une décision contre lui », a-t-il dit.

 

C’est dans la région de l’Est du Tchad, au cœur du conflit inter-communautaire, que le président de la République, Idriss Déby Itno a ordonné, le 18 août 2019, à ses militaires d’user de leurs armes pour régler ledit conflit. Cet ordre a été donné en présence du ministre de la Défense, qui est d’ailleurs chargé de son exécution. En bon soldat et président d’un régime militaire, Idriss Déby Itno s’est montré pragmatique : « Après trois tirs de sommation, si un individu n’obtempère pas, il faut le tuer », précise l’homme fort d’Amdjarass. C’est déjà un peu plus clair : le président du Tchad donne un permis pour tuer son propre peuple. C’est extrêmement grave. Jamais un président sérieux, conscient, qui aime son peuple et son pays ne peut se transformer en bourreau du peuple qu’il a juré sur la Constitution d’en protéger contre toute agressivité et adversité.

Un 2e « septembre noir » ?

Cet ordre de tuer est tombé à la veille du mois de septembre. Peut-on donc s’attendre à un autre « septembre noir » dans l’histoire de notre pays ? Vraisemblablement, Idriss Deby est nostalgie de cette période cynique de notre pays dont il était l’artisan. Il ne faut surtout pas être un négateur de l’évidence et de l’histoire en ce sens qu’il était l’exterminator qui a perpétré le génocide au Sud du pays en septembre 1984. On peut avoir beau cacher son instinct de tueur invétéré, mais le naturel revient toujours au galop quand bien même il a beau été chassé. L’allèle assassin qui semblait être récessif ou qui sommeillait en lui, prend désormais le dessus et devient subitement dominant. Sinon, comment peut-on expliquer avec toutes les logiques possibles, qu’un président, mature, puisse ordonner et programmer le massacre de son propre peuple ? Dans un pays normal, il devrait être entendu par la justice mais inutile d’y penser pour le cas du Tchad où la justice est aux ordres. Alors que quand un citoyen appelle à tuer, il est arrêté pour incitation au meurtre et à la haine mais quand c’est le président, c’est normal. Comme quoi il y a des intouchables dans notre pays, qui eux ont le droit de donner carte blanche pour tuer. Nous savons Deby méchant et cynique mais de là à donner un quitus pour tuer, semble assez fort.

Nous n’avions jamais exclu sa responsabilité dans le carnage en Centrafrique vue sa politique génocidaire. Car connaissant l’homme pour sa soif de sang, il est fort probable que ses doigts soient trempés dans le sang des innocents en RCA. S’il peut délibérément orchestrer l’assassinat de son peuple au vu et au su de l’opinion nationale et internationale, comment ne fera-t-il, pour un peuple qui n’est pas le sien ?

Un Etat dirigé par des voyous

Nous sommes tentés de croire à Donald Trump, à quelques exceptions près : le Tchad n’est pas un pays voyou mais un Etat dirigé par des voyous. Nous croyons à la sacralité de la vie humaine. Par conséquent, il faut la protéger. Aucune raison ne justifierait, dans pareille circonstance, d’ôter la vie à un être humain. Par cette décision, le président, premier juge et premier magistrat vient de fouler au pied les principes fondamentaux de la justice. Après avoir assassiné Ibni Oumar Mahamat Saleh en 2008, originaire de Ouaddaï, depuis lors, cette région l’a vomi et lui demeure hostile. Chose que le petit berger de Berdoba ne supporte pas. Il faut donc fomenter un coup basé sur le conflit éleveur-agriculteur pour régler des comptes à des populations de cette région. L’alibi pour exercer des représailles est tout trouvé. Si cette situation perdure, c’est parce qu’elle est favorisée par le sentiment d’injustice. Aucune unité ni la cohésion sociale ne sera possible sans une justice véritable. L’autre solution consisterait à désarmer les civils mais aussi envisager une médiation sérieuse avec des leaders sérieux et non des plaisantins à des fins politiques. Aucun Tchadien ne doit rester indifférent face à un génocide en cours. Le peuple tchadien, à l’unisson, doit barrer la route à cette forfaiture décrétée par un habituel génocidaire.

La communauté internationale, la justice tchadienne, la Cour pénale internationale (CPI) doivent inscrire la date du 18 août 2019 dans leurs agendas mais aussi doivent impérativement documenter tout ce qui se passera désormais dans les provinces du Ouaddaï et de Sila (à l’Est du Tchad). Il ne faut surtout pas attendre pour venir jouer aux pompiers ou au médecin après la mort. Vouloir prolonger son règne déjà trop long, 30 ans, sur le sang des enfants tchadiens, c’est le dernier degré du cynisme humain.  Si votre mentor, Hissein Habré, 25 ans après, a été appelé au tribunal pour répondre de ses actes, son successeur lui aussi sera convoqué, au moment venu, au tribunal de l’histoire.

Masbé NDENGAR

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