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Affaire Laoukein Médard : Attention au scénario Ibni !

13 août 2017. Moundou. Vers 15h du soir. L’ex maire de la capitale économique tchadienne a été arrêté et conduit au commissariat. Dès les premières heures rien ne filtrait sur le motif de son arrestation. On le saura mieux quelques jours plus tard : il est accusé d’un détournement de  800 000fcfa. Il sera incarcéré avec deux de ses collaborateurs. Personne ne croit à la thèse du détournement. L’audit qui a été mené sur sa gestion corrobore cette thèse. Pour les Tchadiens la conclusion est sans appel : Laoukein est un prisonnier politique. De quoi avait-on reproché au professeur  Ibni Oumar Mahamat Saleh pour pouvoir l’assassiner en 2008 ? C’étaient des arguments montés de toute pièce. Son assassinat est politique puisqu’il était le seul opposant capable, sauf tremblement de terre, d’envoyer Deby  en ballotage à la présidentielle qui suivait. Il fallait tout simplement éliminer ce candidat dangereux et gênant. En est-il le cas pour Laoukein Médard ? Quelles sont les dessous de cette détention ? De quoi Deby a-t-il peur ? Tentative d’analyse.

 

Pour le pouvoir on tue, pour le pouvoir on tuera. Cette maxime semble bien guider la gouvernance de Idriss Deby. Trop de sang, celui des innocents a coulé. Et si on n’y prenne garde il le sera encore pour longtemps tant que Deby sera au pouvoir. Combien de leaders politiques ont été assassinés sur l’autel de la volémie du pouvoir du petit berger de Berdoba ? Seul Dieu peut nous détailler la genèse de l’apocalypse de ces crimes.

En effet, l’acharnement contre Laoukein vise simplement à le museler sinon de se débarrasser d’un homme politique capable de ravir la vedette à Idriss Deby. Le président Tchadien, cynique, et frappé par la myopie et le manque de vision, excelle dans la stratégie d’élimination de ses concurrents politiques. Il est de toute évidence  donc que Saleh Kebzabo, chef de file de l’opposition n’inspire plus crainte et peur à Idriss Deby. Aux yeux  de ce dernier, Kebzabo est arrivé à la fin de sa course. Et l’attitude de  l’opposant, celle de profito - situationniste le discrédite aux yeux de la population. L’antithèse à notre argument est possible (nous aimerions bien avoir tors) mais il est tout de même  rattrapé par une autre triste réalité naturelle : la limitation d’âge. Il aura plus de 70 ans à l’élection de 2021. Il sera hors de la course pour le palais présidentiel. Et sauf tsunami, sinon Deby fera l’impossible pour l’empêcher en évoquant la constitution. On le voit venir à travers le forum qu’il veut organiser malgré l’opposition des Tchadiens.

Dadnadji, également, est victime de l’usure de temps. Il semble arriver trop  tard dans le giron de l’opposition et son parti CAP-SUR est assez jeune sur l’échiquier politique quand bien même qu’il a occupé une très bonne place lors de l’élection précédente. Arrivera-t-il au pouvoir en 2021 ? Une probabilité existe mais Dadnadji, l’enfant de Bébo-Pen inspire moins de crainte pour Deby.

Ngarledjy Yorongar qu’il convient d’appeler opposant historique semble essouffler.  Intrépide combattant, il a refusé de souper avec le diable. Seul opposant à savoir ce qu’il veut. Il a refusé tout poste ministériel en faisant savoir à l’opinion nationale et internationale qu’il a un visé  sur le Palais Rose. Mais hélas, l’homme semble baisser les bras ces derniers. Il est fatigué. A-t-il encore la confiance suffisante du peuple pour conquérir le pouvoir ? Le vent ne soufflerait plus en sa faveur. Plus le temps passe plus le fauteuil présidentiel lui échapperait. Le manque de synergie d’action, teinté d’un faux orgueil de leadership entre Yorongar  et Kebzabo  fragilise la lutte et consolide le pouvoir.  

Laoukein, prisonnier politique, jouit d’une bonne aura au sud et au centre du pays mais aussi un peu partout sur l’étendue du territoire national. Au nom de cette popularité mais aussi pour son bon score à l’élection présidentielle dernière, il représente une sérieuse menace  pour le régime Deby. Ibni représentait  également un danger pour Deby dans les urnes. La stratégie meurtrière fut vite mise en place : l’élimination physique. L’histoire bégaye souvent. Si on n’y prenne garde, le scénario Ibni risque de se répéter. 

 

 

Tag(s) : #Tchad, #Laoukein Médard, #Ibni, #Moundou, #Idriss Deby
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