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Tchad/ Innocent Djimyenan, photographe professionnel : « il faut s’armer de courage, fermer les oreilles et avancer »

Chacun trouve le moyen qui lui convient au mieux pour s’exprimer : l’écriture, la peinture, les dessins, la musique, la danse… Voici que lui, a trouvé les images comme moyens d’expression. Avoir « le Tchad en image dans un support », tel est son plus grand rêve. Rêve de ce jeune ambitieux tchadien, artiste photographe motivé et déterminé, Innocent Djimyenan, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en effet licencié en Gestion des Ressources Humaines, a la photographie dans le ‘’sang’’. Innocent Djimyenan ou Djimmy Innox pour les intimes, dès l’âge de 8 ans a réalisé sa toute première photo. Depuis lors il ne fait que faire grandir cette passion de la photo. Membre du collectif des artistes photographes du Tchad (PHOTO CAMP TCHAD), formateur en photographie à temps partiel à l’UNICEF, Innocent Djimyenan a formé de 2014 à 2016 plus de 70 jeunes. Outre son métier de photographe, il dirige aussi une compagnie théâtrale. Malgré les difficultés il est plus que jamais déterminé à raconter son pays le Tchad par l’image au monde entier. Il a à son actif plusieurs chefs d’œuvre dont le plus récent Le portrait qui suscite tant d’admiration. Il a de l’espoir pour un avenir brillant de la photographie au Tchad et encourage les jeunes à se donner au travail et non à aimer la facilité. Les difficultés du métier de la photographie, l’avenir de la photographie au Tchad, les réalisations, les projets, la jeunesse, l’actualité socio politique du Tchad, tels sont les points sur lesquels nous avons arrachés quelques mots à ce mordus de la photographie.

 

1. Pouvez-vous, vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Djimyenan Innocent, artiste photographe tchadien, originaire du Logone oriental, né à Bemaya dans le département de Kouh Est.

2. Vous avez fait des études en Gestion des Ressources Humaines, mais pourquoi la photographie vous a complètement emballé ? Que représente la photographie pour vous ?

J’ai fait les études en GRH certes, mais avant d’en arriver là, je suivais mon oncle paternel qui était photographe. Donc déjà à l’âge de 8 ans j’ai réalisé ma première photo. Puis au fil du temps je me faisais des sous avec. Mais c’est en 2009, après avoir suivi une formation dans le domaine, que je me suis dit qu’à travers la photo on peut véhiculer un message qui nous tient à cœur. Et donc, la photographie est pour moi un moyen de s’exprimer à travers les images.

3. Pouvez-vous nous parlez de vos réalisations ?

Pour ce qui concerne mes réalisations, j’ai réalisé 5 séries: « jeunes et loisirs » qui parle de la jeunesse qui n’a pas un cadre approprié pour se divertir et certains courent des risques en jouant au foot et d’autres jeux en plein milieu des rues ; « la pollution » qui traite de manque de bac à ordures et la population dépose les ordures partout. Ceci entraine les maladies telles que le paludisme le choléra, etc. « Refugiés ou retournés » cette série parle de nos frères refugiés venus de la RCA et qui certains d’entre eux disent qu’ils sont des Tchadiens mais qu’ils ne connaissent pas leurs parents car ils sont nés et grandis là-bas ; « Portrait d’Atrone » celui-ci retrace les activités quotidiennes que les jeunes de ce quartier font pour joindre les deux bouts ; et enfin « le portrait ».

4. Votre dernière série « le portrait » fait rage ces derniers temps. De quoi s’agit-il ? Pouvez-vous nous raconter un peu l’histoire ?

« Le portrait » est une série réalisée à Abena. Celle-ci parle des lépreux qui sont abandonnés à leur triste sort. Lors de mes passages de reportage, ils disent que leur robinet qui est tout pour eux est tombé en panne depuis des années mais personne n’a songé le réparer et si vraiment l’Etat pourrait le réparer ce sera un ouf pour eux.

5. Comment voyez-vous l’avenir de la photographie au Tchad ?

En tant que combattant et artiste engagé, je dirais que le Tchad a de l’avenir dans la photographie car ce domaine est vierge mais faudrait que nos autorités en charge financent nos projet de résidence afin qu’on puisse s’affronter avec d’autres photographes.

6. On constate que peu de jeunes tchadiens s’intéressent à ce métier qui vous passionne tant. Selon vous, qu’est-ce qui explique cela ?

Voilà la question ! Les jeunes de nos jours aiment la facilité et ne veulent pas se donner au travail. Portant pour être artiste photographe il faut s’armer de courage, fermer les oreilles et avancer car un artiste photographe c’est celui là qui cherche son sujet. En réalité un photographe est plus que le robot quand il sage de monter une série.

7. Avec le développement technologique, quel avenir pour la photographie ?

Grâce à la technologie la photo a de la valeur et gardera davantage sa valeur du fait qu’aux temps anciens les images étaient stockées dans des clichés alors que de nos jours tout est numérisé ; donc on peut garder les images sur les cartes mémoires, CD, disques durs pour longtemps.

8. Avez-vous des projets ?

J’ai des projets à court et à long terme :

D’abord à court terme, je voudrais avoir un espace photographique permettant aux jeunes photographes de se réunir de temps en temps et exposer leurs œuvres au public, former plus des jeunes dans ce domaine afin qu’ils nous suivent et nous relèvent demain.

Puis à long terme, je voudrai par le concours des bonnes volontés et nos autorités, avoir le Tchad en image dans un support.

9. Vous avez dirigé des ateliers de photographie, une compagnie théâtrale, et former plusieurs jeunes sur la photographie et bien d’autres projets. Dites-nous, par rapport à la réalité des conditions de vie au Tchad, quels sont les défis à relever et comment motiver la jeunesse qui semble déstabiliser moralement ?

Par rapport aux réalités du pays, les jeunes doivent s’unir et entreprendre afin de relever le défi. Pour la motivation, on a besoin des orientations pour nous construire car nous sommes comme des moutons sans bergers.

10. Quelles difficultés rencontrez-vous dans votre carrière artistique ?

Parlant des difficultés, elles sont énormes mais je vais citer quelques-unes : d’abord la jeunesse, surtout Tchadienne, ne connait pas ce que c’est que la photo artistique ; donc ce n’est pas facile d’affronter son sujet. Car dès que tu les approches avec ton appareil, tu vas faire ton discours et à la fin elle te dira « vous êtes des vendeurs des images, donc je ne veux pas que tu me filmes. » Et cela te fait perdre ce que tu veux capter. Même nos bailleurs de fonds ne donnent pas trop d’importance à la photographie artistique et donc même si tu déposes ton projet pour le financement, personne ne te sonne et nous sommes abandonnés à nous même. Malgré tout on ne baisse pas les bras car on veut promouvoir la photographie artistique Tchadienne partout dans le monde.

11. Quel regard portez-vous sur l’actualité socio politique du Tchad ?

Les jeunes doivent être soudé et dire non à tout ce qui se passe actuellement ; car personne d’autre ne fera à notre place et n’oublier pas que qui aime la paix prépare la guerre. Donc unissons-nous et disons non à l’injustice.

12. Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui rêvent devenir artiste photographe et surtout à la jeunesse tchadienne ?

je dirai à la jeunesse Tchadienne qui rêve de devenir artiste photographe de rester pure, d’acheter une paire de tennis, de n’écouter personne, regarder la nature et le monde qui nous entoure puis travailler dur, dur et encore car seul le travail paie.

 

Menodji Y. NEKAR

Tag(s) : #Tchad, #Inooncent Djimyenan, #photographe professionnel
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