Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

[Femme de chez Nous] : « On vit une déchéance totale, une absence de vision et une volonté méchante de faire souffrir le peuple »

Le pays ne donne plus à rêver. Il n'inspire plus. L’amateurisme dans la gestion du pays brise le rêve et plonge la jeunesse tchadienne dans un avenir on ne peut plus douteux. Malgré les péripéties rythmées par le favoritisme et le népotisme, la jeunesse tchadienne fait preuve de courage et de persévérance. Chaque occasion est une opportunité d’apprentissage. Et ce, Rendodjo Em-A MOUNDONA l’a bien compris. « Aussi vaste qu’est le monde, aussi grande doit être la quête du savoir chez l’Africain », confie-t-elle. Elle est sans nul doute parmi les jeunes femmes les plus battantes de son époque. Pétrie de compétences et de valeurs humaines, Rendodjo est sans langue de bois. Elle fustige la gestion calamiteuse du pays. Pour elle le peuple paie son audace lors de l’élection présidentielle. La crise n’est donc qu’une supercherie : « Il n'y a pas de crise quand des jets privés font le tour du monde pour les désirs de paraître… » La native de Ngalo se dit écœurer du sort du peuple martyrisé et estime qu’on devrait lui accorder au moins le droit de pleurer. En tant que femme, elle ne saurait être indifférente à la situation combien difficile de ses sœurs tchadiennes et en veut aux politiques : « La femme Tchadienne vit une extrême pauvreté, abandonnée par le pouvoir public qui n'a aucune politique de protection de la femme ». Malgré ces conditions difficiles, l’écrivaine garde l’espoir quant à l’avenir de son pays même si elle doute de « la classe politique actuelle qui n’a pas de culture politique ». Diplômée en soins gériatriques, maîtrise en Sociologie de Développement et de la Population, junior manager de projets internationaux, communicatrice, journaliste, écrivaine… Rendodjo Em-A MOUNDONA est une tête bien pleine qui connait très bien les réalités de son pays. Elle est l’invitée du mois de ‘’Tchad Révolution’’. Interview exclusive.

 

 

1.     C’est la 1re fois que vous vous exprimez sur notre média. Pourriez-vous dire quelques mots sur vous ?

Je suis Rendodjo Em-A MOUNDONA. Jeune femme et FEMME.

  1. De quelle région du Tchad (ville, village…) êtes-vous originaire ?

Je suis du Moyen-Chari, actuel Mandoul, née à Ngalo.

  1. Diplômée en soins gériatriques, maîtrise en Sociologie de Développement et de la Population, junior manager de projets internationaux auxquelles s’ajoutent de multitudes expériences acquises à travers l’Afrique et le reste le monde. n’est-ce pas trop pour vous ?

Je crois que non. On n’apprend jamais assez. Aussi vaste qu’est le monde, aussi grande doit être la quête du savoir chez l’Africain. Au Tchad, nous avons longtemps été, avec tact, privés de débouchés. Si les chances se présentent, il faut les saisir pour s’instruire. Il faut vivre intensément chaque opportunité. Je n'ai fait que saisir les possibilités qui se sont présentées à moi chaque fois et, je ne suis pas prête à m’arrêter là.

  1. En tant que journaliste, quel regard portez-vous sur la crise qui secoue votre pays le Tchad depuis plusieurs mois ? Les 16 mesures prises par le gouvernement ont-elles leurs raisons d’être ?

Je ne suis pas surprise : le peuple paye son audace d’avril 2016. On vit là, une déchéance totale, une absence de vision et une volonté méchante de faire souffrir davantage le peuple. Il y a trop d'énergies criminelles autour de cette crise fallacieuse. Cette crise était prévisible mais manageable si on avait écouté les technocrates, approuvé les plans d’épargne des économistes et que les gouvernants avaient laissé les revenus de l’État dans les caisses. On a une crise imaginée et orchestrée. Pour moi, il n'y a pas de crise quand des jets privés font le tour du monde pour les désirs de paraître, des blanchissements de fonds se font sous forme de financement et on organise des événements futiles.

Il n'y a pas de crise. C'est mon déni des 16 mesures.

  1. Quelle analyse faites-vous de la liberté d’expression et de la presse dans votre pays qui est dirigé par un régime qualifié par beaucoup de dictatorial ?

On a effectivement un semblant de liberté dans un semblant de démocratie. Ce qui est alarmant, ce sont tous ces « hommes biens» qui, au nom d’une paix à peine perceptible, assignent les victimes dans le silence parce qu’eux, perçoivent les miettes de la table du prince. Si on a privé les Tchadiens de tout, qu'on leur accorde au moins le droit de pleurer. Au moins, ils pourront libérer leurs cœurs de l’amertume qui les exposent aux accidents cardio-vasculaires.

  1. Vie chère, misère, manque de système éducatif et sanitaire adéquates pour la population… ce sont là quelques maux qui minent votre pays. Qu’en dites-vous en tant que femme et mère ?

Rien ne peint mieux l’État d'un pays que son matériel social disait Honoré de Balzac. Apprécions le Tchad. Ce pays n'inspire plus. Ce pays a cessé de tourner comme une République juste parce que ses cadres ont cédé au caprice de l’individu ou un groupe d’individus. Quelle femme aimerait voir son époux impuissant, devant tant d’injustices, douter de sa capacité à protéger sa famille ? Quelle mère peut être fière de ne pouvoir laisser son fils imaginer son monde, le dessiner ? On a juste coupé toute possibilité à la jeunesse. On a juste envie de pleurer. Personnellement, je pleure chaque jour. Même le minimum est refusé aux Tchadiens. On a transformé ce pays en prison à ciel ouvert.

  1. Quelles solutions ?

J'aimerai aussi bien poser cette question à quelqu'un d’autre et prendre mon temps pour l’écouter dérouler sa liste de résolutions. Je ne suis pas fan de l’exil mais je crois qu’on ne peut que demander aux jeunes de vendre leurs compétences ailleurs partout où, on le leur rendra à la hauteur de leurs mérites. On a juste besoin d'être juste avec soi-même en tant que gouvernant, se poser des questions essentielles à l’image qu'on veut laisser après soi. S'ils peuvent répondre à ces questions, ils ont la solution au niveau institutionnel.

  1. "Long sera le chemin’’ tel est le titre de votre œuvre qui parle de la protection sociale de la femme tchadienne. De quoi la femme tchadienne est-elle vulnérable ?

La femme Tchadienne vit une extrême pauvreté, abandonnée par le pouvoir public qui n'a aucune politique de protection de la femme. Où en est-on avec la loi 006 portant sur la santé de la reproduction qui devrait être le bouclier contre les mutilations génitales? Que devient le code de famille ? En l’absence de cadres de protection juridique, la femme tchadienne vit sous la loi coutumière et religieuse qui ne lui est pas favorable. Elle est lésée dans tous ses droits et subit une discrimination sociale et économique parce qu'elle n'est pas représentée sur l’échiquier national et celles qui sont censées la défendre ont choisi le confort du silence politique. Tout ce chapelet expose la femme aux violences basées sur le genre.

 

  1. Journaliste, communicatrice, bloggeuse, sociologue, infirmière… vous portez plusieurs casquettes mais vous êtes aussi activiste. N’est-ce pas trop de risques pour une femme d’emprunter cette dernière voix ?

Activiste ? Je ne m'y reconnais pas ! Je n'aime pas cataloguer mes opinions. L'activisme est un moule très étroit pour moi. Je parle parce que je suis une partie de ce monde donc je revendique juste un peu d’équité. J'ai la communication dans l’âme et bloguer est pour moi une continuité du journalisme avec pour seul frein, la conscience. Si bloguer est synonyme d’activisme, je ne serais qu'un apprenti cependant, l’activisme n'est pas une profession. Je vis de la socio-communication par contre j'exige un monde propice à mon épanouissement ou disons l’épanouissement des miens. Si on doit appeler cela activisme, eh bien, je suis donc née activiste.

  1. Pourquoi le choix d’être activiste ?

Je n'ai pas choisi. L’activisme ne voudra pas de moi car il est plein de compromis parfois. Je suis un peu trop libérale pour lui. Je suis sociologue. Je ne fais qu’être cela et peut-être parfois, un peu analyste de ce qui se passe autour de moi. L’activisme tchadien est trop opportuniste et manque de passion que je ne voudrais pas m’y identifier.

  1. Combien de temps êtes-vous dans cette lutte ?

Je ne fais aucune lutte. Je ne rêve pas d’une position politique quelconque. Je préfère être vu comme un lanceur d’alerte ou un tout autre rôle que celui d'un lutteur. Une lutte a une fin or une revendication sociale dans un environnement tchadien n'a pas de fin. Depuis toujours, j'ai écrit. Quand ça ne me convient pas, je dis non. Les parents n'ont jamais cherché à étouffer mes convictions. Ils l'ont forgé au contraire. En 2003, en intégrant l’Observateur comme stagiaire puis pigiste … je me suis retrouvée très vite au desk politique et depuis, je n'ai cessé de dénoncer.

  1. Vue toutes ces activités que vous menez, avez-vous du temps pour votre famille ?

Je n'ai pas de personnels de maison, on ne commande pas la pizza et je sais qui est où, quand et pourquoi. Rires.

  1. Que faites-vous à vos temps libres ? votre repas préféré ?

Lire ou flâner. Je suis assez sélective dans le repas mais je n'ai pas aussi une préférence alimentaire par contre j'aime explorer les saveurs nouvelles.

  1. L’indépendance et l’autonomisation de la femme tchadienne sont entre autres vos combats. Mais pendant ce temps l’organisation de l’élection Miss Tchad fait couler beaucoup de salives. Pensez-vous qu’une telle manifestation contribue à l’émancipation de la femme (tchadienne) ?

Une élection Miss et émancipation sont deux choses qui ne se mélangeraient pas. La question est : est-ce que ces misses élues représentent réellement la femme tchadienne ? Je ne crois pas et beaucoup de femmes d’ailleurs. Je ne me suis reconnue dans aucune Miss vu l’amateurisme même des organisations précédentes. La femme est un être posé et élégant. Tout ce qui l’entoure doit en être de même.

Je peux juste dire qu'une pareille organisation permet aux participantes se sortir des complexes qui les lient. Trop de mystères et de tabous entourent le monde de la femme tchadienne. Depuis l’effondrement du système éducatif tchadien, nos petites sœurs apprennent leurs mondes de femme sur le tas. Il faudrait peut-être initier beaucoup de concours pareils encadrés par de personnes ressources de bonnes moralités et avec des programmes de casernement denses. Mais il nous fait du chemin. Beaucoup de routes à parcourir si nous ne voulons pas, dans ces choses, travailler avec les professionnels locaux.

L'édition 2017 est acceptable du point de vue niveau des candidates même si l'on doit revoir le côté visuel (certaines tenues, les chaussures et la chorégraphie). Il suffit juste de mettre un peu de discipline dans l’organisation et le respect des conditions de participation. Il y a de filles aptes à porter la couronne. Il faut leur donner l’occasion et cela ne se fera pas sans le sérieux.

  1. Si on vous demande de parler du Tchad, de quoi allez-vous parler et par quoi allez-vous commencer ?

Le Tchad, c'est sa position géographique très stratégique. Sa richesse culturelle. Son immense étendue. Ses paysages féeriques. Nous avons un magnifique pays posé sur de richesses mal exploitées. Notre diversité anthropologique doit être capitalisé et servir de ciment entre les peuples. L’incivisme organisé et entretenu détruit notre société. J'ai eu la chance de voir le septentrion oriental tchadien. Il est une mine inexplorée.

Nous ne sommes pas une nation car certains individus ne gagneraient pas à voir le Tchad comme une partie. Il faut que la jeunesse tchadienne impose sa voix. Nous avons malheureusement une génération qui veut aller vite au besoin. Gagner sans transpirer, il n'y a que la vente des convictions personnelles qui puisse rendre cela possible. On est en face d'une jeunesse sans repère et sans modèle.

  1. Que vous inspire l’avenir de votre pays ?

Je suis optimiste. Le Tchad, c'est tout un peuple dispersé un peu partout. Son devenir en tant qu’État est la somme de l’investissement de patriotes et d’ « apatrides ». Politiquement, j'ai des doutes s'il faut composer avec la classe actuelle qui n'a pas de culture politique réelle et les jeunes sont très opportunistes qu’ils sont devenus des pions sur l’échiquier d’intérêts personnels des aînés sont la majorité est arrivée à la politique par un hasard ou un besoin précis.

Interview réalisée par Masbé NDENGAR

Tag(s) : #femme, #peuple, #Tchad
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :