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Miss Tchad : Argent, nudité, coups bas, sexe… à quels besoins répondent ces filles ?

Les jeunes filles tchadiennes sont depuis quelques temps émoustillées et surexcitées. Elles attendent l’élection Miss nationale. Mais les grands concours de Miss retransmis à la télé ont-ils encore une raison d’être en 2017 dans notre pays ? Que peut-on bien montrer à une époque où les gens sont saturés par des fesses à l'air ? Argent, nudité, sexe, à quoi servent véritablement ces filles qui rêvent de porter le titre de Miss Tchad ? Ces filles dont leur honneur et dignité sont exposés sur l’autel de la délectation des pervers qui les scrutent sur toutes les coutures nous rappellent la traite négrière. Les faits montrent qu’on est à cette ère triste où on exposait les régresses habillées, puis déshabillés et on les forçait à sourire pour découvrir leurs dents. Ensuite on les faisait défiler la nuit devant leurs maîtres qui choisissaient les plus belles pour s’amuser toute la soirée. Le scénario se répète ! La beauté, n’est-ce pas plutôt cette vertu d’être forte, d’élever ses enfants et d’en faire des responsables dans la vie ? Gagner un concours de beauté où il faut se donner en spectacle et s’exhiber devant un large public est-il un mérite ? S’exposer, vendre sa beauté, son physique pour un simple titre est-il autant honorant ? A-t-on nécessairement besoin d’être élue Miss à travers un concours de beauté pour devenir ambassadrice d’une région ou défendre les couleurs nationales ? Pourquoi n’acceptons nous pas simplement que chaque femme est différente ? Que chaque être, chaque femme est un corps individuel de vérité avec sa beauté propre à elle, avec son intelligence qui lui est propre ? Autant de questions... Bref, c’est un moment propice pour les industries de fesses de se faire du fric. Décryptage d’un phénomène aux antipodes de notre culture.

 

 

Bon nombre de jeunes luttent pour obtenir des financements pour la réalisation de leurs projets sans gain de cause. D’autres, surdouées et intelligentes, mais n’arrivent pas à aller loin dans leurs études par manque de bourses. Alors que d’un autre côté, on investit des sommes astronomiques pour organiser de concours de beauté et récompenser les ‘’élues’’ en faisant rêver les filles désirants mettre en valeur leur beauté extérieure au détriment de toutes autres qualités.

 

La phase de présélection des jeunes filles assoiffées au port de la couronne Miss Tchad 2017 a débuté le 17 janvier 2017 et un nombre important des candidates étaient présentent à l’hôtel Ledger Plaza de N’Djaména. Ce concours dit être une manifestation culturelle nationale mettant en compétition des jeunes filles afin d’élire celle qui incarne le mieux la beauté nationale. Elles ne passent pas inaperçues à la télévision, dans les magazines et sur Internet. Elles sont passées au scanner des mâles qui débordent de spermes et qui attendent avec appétit vorace de satisfaire leur libido. La situation exaspère bien une partie de l’opinion ainsi que certains parents. Ceux ci estiment que ce type de concours ne sert qu'à vanter la beauté physique au détriment de toutes les autres qualités et n’est qu’une porte d’entrée à la vie de débauche. Ils le jugent, dès lors, ‘’exhibant, dégradant pour l'image de la femme".

Si à travers ce concours l’idée est de promouvoir la culture, alors pourquoi pas décréter « une journée ou semaine traditionnelle » où chacun pourra s’habiller en tenue traditionnelle de sa région ? Ce qui serait encore mieux valorisant. Et si c’est pour tester le bagage intellectuel de ces filles ou leurs élocutions, pourquoi ne pas organiser ou sponsoriser les émissions télévisées des compétitions des cracs et mieux les récompenser afin de les encourager dans leurs études ? La thèse de la promotion de la culture est un leurre. Elle est battue en brèche car jamais le mot « culture » n’a été mentionné dans les discours du président Idriss Deby. La culture n’a jamais été son programme politique moins encore son projet de société. Il s’en fiche…

D'après le ministre de la culture, de la jeunesse et des sports, Betel Miarom, l’élection Miss Tchad fait d’une Miss une ambassadrice de sa région d’abord, et ensuite de son pays : « Elle incarne non seulement la beauté de notre pays, mais elle doit aussi et surtout défendre les couleurs nationales quand il le faut», a-t-il souligné. Mais monsieur le Ministre, en quoi gagner un concours de beauté est légitime pour être ambassadrice d'une région ? Les candidates aux élections Miss sont jugées sur leur beauté, mais est-ce que nous nous demandons ce que c’est que la beauté d’une femme exactement ? Pourquoi n’acceptons nous pas simplement que chacun est différent, que chaque être, chaque femme est un corps individuel de vérité avec sa beauté propre à elle, avec son intelligence qui lui est propre ? Avons-nous l’habilité de comparer et de juger qui est d’une beauté supérieure à l’autre alors que Dieu même qui a créé s’est réjouis de la beauté de ses Etres ? Pourquoi juger l’apparence ? Autant de questions que se posent certains observateurs.

Malgré que la parole soit donnée aux candidates, la forte impression reste que c'est la beauté physique avant tout qui est primée. Ce qui est inquiétant, c’est les répercutions que cela peut avoir sur la jeunesse notamment les fillettes qui s'émerveillent devant un tel spectacle à qui on leur vend du rêve. Comment en effet expliquer à un enfant que ce qui importe c'est la beauté intérieure, alors qu'on organise des concours où l'on désigne, sur des critères esthétiques subjectifs, qu’elle est la plus belle parmi plusieurs concurrentes ? Quant à savoir si les récompenses données aux lauréates (salaire mensuel, connexion Internet, crédit de communication, bijoux, vêtements, voiture…) ne sont pas trop excessives pour un simple concours de beauté ? Les candidates sont-elles intéressées par le titre de Miss, par le fait de représenter leur région, ou par le fait de gagner des prix et cadeaux ? Bien malin qui répondra !

Au lieu de penser à primer la beauté ou à organiser un concours sans intérêt majeur  il y a nécessité d’encourager et soutenir les femmes qui luttent face à la dure réalité de l’emploi au Tchad pour servir leur société.

 

Menodji Y. NEKAR et Masbé NDENGAR

Tag(s) : #Miss, #Tchad, #filles
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