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Olivier  Mekongoto, un jeune tchadien qui crée un Cabinet d’ingénierie en 2e année !

Olivier Mekongoto, ce nom peut ne pas vous dire grand-chose. Mais lorsqu’on dit Senty' Senty, là, on y est. C’est un jeune dynamique, d’une forme athlétique et de taille moyenne. D’un regard vif, il est attentif. Détrompez-vous, il ne s’agit pas d’un athlète. Nous vous parlons plutôt d’un jeune polyvalent: artiste musicien, ingénieur en génie civil, dessinateur puis peintre. Il partage son temps entre le studio et son cabinet. De son amour pour la musique, naquis un album baptisé : ma vision. De son amour pour le travail, est sorti un cabinet de consultation en génie civile: MKGT Consult. Avec plus trente réalisations dans le dernier secteur seulement dans un laps de temps, l’avenir semble promettant pour Olivier Mekongoto, ainé d’une fratrie de cinq enfants. Consultant également dans un cabinet de la place, Senty' Senty pour les fans dit n’avoir pas de place pour les loisirs. Titulaire d’un Master2 en génie civile, il dispense les cours et consacre aussi son temps pour l’encadrement des jeunes étudiants dans leurs recherches pour la rédaction des mémoires de fin de cycle. C’est un homme occupé qui nous a reçus chez lui ce 9 juillet 2016. Les difficultés liées à entrepreneuriat, le marché, l’actualité économique dans son pays le Tchad, la jeunesse tchadienne et entrepreneuriat, sa vision, ces projets, etc. c’est sans tabous que l’ambitieux Mekongoto pour certains et Senty' Senty pour les autres s’est prêté à nos questions. Assis entre son bureau et son studio, nous pouvons commencer l’interview. Lisez plutôt.

Vous portez plusieurs casquettes. Comment pouvez-vous, vous présentez à nos lecteurs ?

Je suis Mekongoto Olivier à l’état civil mais je suis connu plus sous le nom de Senty' Senty qui est le diminutif de sentimental, un surnom qui m’a été donné par mes fans. Je suis étudiant en fin de cycle d’ingénieur en génie civile. J’ai fini en Master2 en 2014. Actuellement je suis dans la vie professionnelle. J’essaie de me battre un peu avant de repartir à nouveau sur les bancs. J’ai l’ambition d’aller plus loin, au moins au doctorat.

Quel est votre quotidien actuellement ?

J’ai créé une structure. C’est un cabinet de consultation en génie civile, MKGT Consult. Cela me permet de travailler avec les particuliers mais aussi avec les cabinets déjà reconnus.

Vous êtes artiste. Quel est votre genre musical ?

C’est le style sentimental, c’est- à- dire le zouk et la rumba. C’est ce qui me permet d’exprimer l’amour, la joie, la paix…

Avez-vous une œuvre sur le marché ?

J’ai un album de 10 titres sur le marché. Je l’ai clôturé en 2014 et j’ai procédé à son lancement le 26 décembre 2015 à N’Djamena au Tchad. Actuellement c’est la question de la promotion qui est un peu difficile dans la mesure où je suis mon propre producteur.

Vous faites de la musique sentimentale. Vous ne pensez pas que la société est assez malade pour dénoncer ses méfaits plutôt que de verser dans le sentimentalisme ?

Je crois que la musique adoucit les mœurs. Même si on pense que ce style n’est pas trop apprécié de nos jours, pour moi il vient calmer les choses un tant soit peu. Je suis un sentimental là où il y a des problèmes, j’essaie d’apporter ma contribution par des douces paroles. À travers ma musique je donne des conseils donc c’est une façon pour moi de participer à l’apaisement de la société.

Beaucoup de gens pensent que ceux qui épousent ce style sont considérés comme des charmeurs de femmes. Qu’en-est-il de votre cas ?

Oui, quelqu’un m’a déjà dit que lorsque je chante, j’essaie de séduire alors qu’en réalité je ne fais que donner de l’émotion en traduisant ma chanson. Mais si cela peut faire « tomber » quelqu’une ce n’est pas aussi mauvais en soi. Mais moi je crois plutôt que les gens sont réceptifs à mon message.

Vous avez une entreprise de construction. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Il s’agit d’un cabinet de consultation dans le domaine de génie civile. L’idée de la création a germé depuis 2012 et n’a pas tardé à se concrétiser. Et c’est en cette date que nous avons commencé à travailler au nom du cabinet. Il y a plusieurs activités. D’abord la consultation qui constitue l’activité principale. Et à ce niveau, je travaille en collaboration avec d’autres cabinets. J’accompagne également les particuliers dans toutes les étapes de la construction : de la conception en passant par l’obtention du permis et la réalisation du bâtiment. Ensuite il y a un volet secrétariat que je suis en train de développer. Mais ce volet s’occupe plus de l’infographie, de la création des logos, des cartes de visites, des cartes de mariages, etc. C’est un cabinet international parce que nous allons bientôt créer une filiale au Tchad.

Comment se comporte le marché ?

Pour un début c’est un peu difficile mais il y a de l’espoir. Dans l’ensemble, le bilan est positif parce que la communication sur les activités de l’entreprise passe bien et les échos qui nous parviennent sont satisfaisants.

Un cabinet qui vient à peine de voir le jour et qui se jette déjà à l’international. Vous ne rêvez pas plus que votre âge ?

Je ne pense qu’on puisse rêver au delà de son âge parce que le rêve est permis à toute catégorie d’âge. Et puis il faut rêver grand pour pouvoir atteindre le niveau acceptable. Si on rêve petit on risquerait de rester au niveau zéro. Alors moi je rêve grand et ce, jusqu’à la fin de mes jours : je rêverai toujours grand !

Votre jeunesse ne joue pas contre vous dans les appels d’offre surtout que dans notre contexte la jeunesse est vue comme synonyme de l’inexpérience ?

C’est vrai parce que même mes camarades avec qui on a fini le cycle s’étonnent de m’avoir créé un cabinet mais je crois que tout est question de volonté.

Avez-vous déjà des réalisations ?

J’ai beaucoup de réalisations avec les particuliers. J’ai à mon actif une trentaine de bâtiments réalisée dans la ville de Ouagadougou. Mais surtout dans la conception, le suivi et le contrôle. Il faut noter que ce sont les premières réalisations qui ont ouvert la porte du marché pour moi.

La jeunesse tchadienne est accusée à tort ou à raison d’une jeunesse démotivée et assez pessimiste. Alors vous, où est-ce que vous avez puisé cette énergie d’entreprendre en étant même sur les bancs d’école ?

En ce qui me concerne, j’ai reçu une bonne éducation de base mais cela ne suffit pas en ce sens que je suis un jeune conscient et souciant de mon devenir. Je sais ce qui est bien pour moi et ce qui ne l’est pas. Mais malheureusement tout le monde n’est pas pareil. Il y a beaucoup de gens qui ne croient pas non seulement en leur avenir mais n’ont pas confiance en eux. Aujourd’hui tout s’apprend facilement surtout avec l’Internet. Tout est à notre disposition pour réussir mais il y a beaucoup de jeunes qui préfèrent aller faire autre chose sur l’Internet plutôt que de faire des recherches. Quant à moi j’ai préféré utiliser plutôt ce temps pour travailler.

De plus en plus on compte assez de jeunes tchadiens qui créent des entreprises à l’étranger. N’est-ce pas cela une fuite de cerveau qui constitue un manque à gagner pour le pays ?

Ni l’un ni l’autre. Notre pays est un peu difficile à vivre. C’est un pays où pour évoluer il faut vraiment avoir du pain sur la planche, il faut être courageux mais ce n’est pas pour autant qu’il faut fuir pour aller créer des entreprises ailleurs. Moi j’ai créé mon entreprise ici tout simplement parce que j’ai commencé mes études universitaires et en plus j’ai tissé beaucoup de relations ici. Cela m’a facilité la tâche. Aussi mon cabinet est-il international avec une filiale qui verra bientôt le jour au Tchad. Il faut parfois s’éloigner pour voir les vrais problèmes. En plus de ce cabinet, j’ai bien d’autres projets pour le Tchad. Pour l’heure ce sont les moyens qui me manquent pour les concrétiser.

Votre cabinet compte combien d’employés ?

Je travaille en collaboration avec un ami ingénieur. Le cabinet n’a pas encore un niveau qui nécessite l’emploi de beaucoup de personnels. Mais le cabinet encadre une dizaine d’étudiants qui s’en sortent très bien. Il est évident que les années à venir le cabinet recrutera les travailleurs parce qu’il ne peut travailler avec seulement deux personnes.

Vous êtes artiste et ingénieur en bâtiment. Ceux deux domaines riment-ils ensemble ?

Ça ne rime pas forcément mais je pense que c’est une question d’organisation. Quand je finis le travail au cabinet et que je suis fatigué, je prends ma guitare. Je me distrais mais en même temps je travaille. Certains préfèreront aller en boîte où aller s’amuser mais moi je fais de la musique ma distraction tout en produisant. Ce qui fait que j’arrive à concilier les deux activités sans problème. Un autre paramètre qui les lie est que je me produis avec les moyens que le cabinet me procure. Au finish, ces deux domaines ne sont pas vraiment opposés.

Voulez-vous faire carrière dans les deux domaines?

Il peut arriver qu’à un moment je choisisse un au détriment de l’autre mais pour le moment les deux semblent aller plutôt bien. J’ai une connaissance dans l’arrangement donc je peux créer un studio et employer les gens qui vont y travailler. Cela diminuera un peu mes charges.

S’il y a un choix à faire entre le cabinet et la musique. Lequel des deux choisirez-vous ?

Je choisis mon cabinet.

Pourquoi ?

Parce que ce n’est pas évident avec la musique. C’est un domaine qui n’est pas facilement maitrisable pour la rentabilité financière. Aujourd’hui par exemple, le revenu de ma musique est basé sur la vente des CD. Mais combien sont ceux qui achètent les CD de nos jours ? Très peu. Je suis donc obligé de travailler dans mon cabinet pour subvenir à mes besoins et en plus, j’utilise le revenu du cabinet pour la production musicale… le cabinet est plus sûr parce que je le maitrise mieux que la musique. Je suis plus à l’aise dans mon cabinet et je ne compte pas le laisser pour faire autre chose.

Vu tout ce que l’actualité donne à voir sur le Tchad, comment est-ce que vous voyez l’avenir de ce pays ?

L’avenir du Tchad est certain mais pour y arriver, il faut beaucoup de travail parce qu’il y a un vrai problème de mentalité surtout de la jeunesse qu’il faut d’abord résoudre. Il est question de les amener à être conscients de leur avenir. C’est un pays exceptionnel qui a beaucoup de talents, il suffit juste de les développer pour que le Tchad soit le meilleur pays d’Afrique.

Avez-vous un conseil à donner à cette jeunesse ?

A la jeunesse tchadienne, je demande la remise en cause de soi et le travail. La jeunesse tchadienne n’aime pas écrire des projets de développement. On n’a pas besoin d’être écrivain pour écrire, non. Quand tu es jeune et instruit, tu as déjà les atouts pour écrire. Par exemple, lorsque l’État avait annoncé la suspension d’intégration des jeunes à la fonction publique, les étudiants étaient descendus dans la rue. C’est bien de revendiquer ses droits mais ça, c’est un signe qui montre que cette jeunesse ne compte que sur l’État. La jeunesse tchadienne n’entreprend pas et cela montre le véritable problème de cette jeunesse. Il ne faut pas attendre l’État, non. Avec le diplôme obtenu, on peut créer quelque chose, petit soit-il.

Propos recueillis et transcrits par Masbé NDENGAR

Tag(s) : #Tchad, #cabinet de consultation, #étudiant, #entreprise
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