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PRÉSIDENTIELLE TCHADIENNE : Le dimanche de tous les périls ?

C’est ce dimanche 10 avril que le corps électoral tchadien fort de 6.298.501 inscrits, est convoqué aux urnes pour départager les candidats à la magistrature suprême du pays. Le président Idriss Deby Itno, après 26 ans de règne et même handicapé par le fait que les caisses de l’Etat sont vides et devraient le rester dans les mois à venir, en raison notamment des efforts de guerre et de la chute des cours du pétrole, est candidat à sa propre succession. En face de lui, 13 autres prétendants au fauteuil présidentiel s’organisent pour lui barrer la route. Parmi eux, on note de vieux briscards des campagnes présidentielles tchadiennes comme Saleh Kebzabo et Kassiré Coumakoye, mais on note aussi de nouveaux abonnés comme l’ancien Premier ministre Joseph Djimrangar Dadnadji ou le député Gali Ngoté Gata.

L’élection intervient dans un climat délétère marqué par de vives tensions entre le pouvoir et l’opposition

Même divisés, 7 des opposants à Deby sont parvenus, mardi dernier, à un accord pour la sécurisation des votes et s’engagent à soutenir le candidat de l’opposition qui parviendrait au second tour. La tenue de l’élection et cette pluralité des candidatures auraient été, à coup sûr, les signes d’une bonne vitalité démocratique si Deby, après un peu moins de trois décennies de règne sans partage, n’ envisageait pas un cinquième mandat, foulant au pied le plus élémentaire des principes démocratiques. En effet, l’élection de ce week-end intervient dans un climat délétère marqué par de vives tensions entre le pouvoir et l’opposition qui bénéficie depuis peu, du précieux soutien de la société civile. L’atmosphère nationale déjà surchauffée par l’affaire Zouhoura, s’est sérieusement empuantie pendant la campagne électorale du fait des menaces verbales, intimidations, marches, répression et emprisonnements tous azimuts. Le Tchad a ainsi rompu avec la sérénité et il faut craindre que la cocotte- minute ne vienne à sauter lors de ce rendez-vous électoral qui cristallise toutes les tensions. Qui peut, en effet, présager de quoi seraient capables les « jusqu’auboutistes » et subséquemment la réponse d’un régime né à l’ombre de la guerre et de la violence ? L’autre inconnue de l’équation sécuritaire reste la réaction de cette autre opposition au régime Deby, Boko Haram. Même si l’organisation n’a pas proféré ouvertement de menaces contre le scrutin et n’a mené aucune action tout au long de la campagne électorale, il n’est un secret pour personne qu’Abubakar Shekau et ses spadassins abhorrent la démocratie, perçue comme la preuve de l’aliénation à la civilisation occidentale. Il faut craindre qu’ils ne viennent à entreprendre des actions, comme ils l’avaient fait au Nigeria, pour perturber le bon déroulement de la consultation et créer des pépins à un adversaire qui s’est illustré par sa propension à casser du djihadiste. L’enjeu principal donc de cette élection sera le défi sécuritaire mais il en faut plus pour faire démordre un dictateur de la trempe de Deby. Car, sauf cataclysme, le scrutin aura lieu. Il reste à espérer que ce climat de peur voire de terreur ne vienne dissuader les électeurs et porter ainsi un sérieux coup au taux de participation, même si chacun des candidats fait appel à la fibre tribale pour inciter les électeurs à sortir massivement. En effet, jamais élection n’aura été tant tribale et il faut craindre même pour la cohésion nationale au sortir de ces élections.

Toutes les conditions semblent réunies pour une contestation post- électorale

Quant à l’issue du scrutin, il est connu d’avance. Les chiffres, à coup sûr, sont en train d’être fabriqués dans les officines pour donner Deby grand vainqueur. Dans les républiques gondwanaises, la chanson est connue : « On n’organise pas des élections pour les perdre ». Mais quelle sincérité peut-on porter à un scrutin dont tout le processus aura été émaillé du déni de la liberté d’expression à travers de nombreuses incarcérations ? De quelle crédibilité pourraient se prévaloir ces résultats compilés sans la composante neutre de la CENI que sont les organisations de la société civile qui se sont retirées du processus électoral ? Toutes les conditions semblent, de ce fait, réunies pour une contestation post- électorale qui viendra apporter un souffle nouveau au mouvement des contestataires, qui ira en s’amplifiant. Deby doit se le tenir pour dit. L’élection de ce dimanche, au lieu d’être un aboutissement d’une manœuvre politique pour se maintenir au pouvoir, risque au contraire d’être l’épicentre d’un séisme qui créera des failles profondes à un régime sclérosé par 26 ans de règne. Car, s’il y a un pays qui semble séduit par l’école burkinabè, c’est le Tchad. Depuis peu, tout est prétexte à manifester dans ce pays et cela est un signe des temps. Ces Tchadiens qui manifestent ne sont pas de la génération des traumatisés de guerre que la peur a conquis. Ces Tchadiens sont ceux qui voient chaque jour sur internet, à la télévision, les luttes des autres pays pour plus de démocratie, plus de liberté et plus de justice.

« Le Pays »

Tag(s) : #Tchad, #élection
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