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MASSACRES A HUIS CLOS DANS LE POOL : Y a-t-il encore des hommes au Congo ?

Depuis une semaine, des opérations militaires et policières d’envergure sont menées dans le département du Pool au Congo, sans que personne ne puisse véritablement avoir accès à la zone des bombardements pour constater l’ampleur des dégâts. Alors que les autorités assurent qu’il s’agit d’opérations ciblées contre ce qu’elles appellent les « centres de commandement » du pasteur Ntumi, accusé par le pouvoir d’être responsable des attaques de Brazzaville par des ex-rebelles Ninjas, de nombreux témoignages font état de plusieurs victimes civiles et de nombreux dégâts matériels, notamment sur des infrastructures scolaires. Aussi, face à l’impossibilité d’accès aux zones des bombardements qui sont pratiquement quadrillées par les forces de l’ordre, certaines organisations de défense des droits humains ont-elles tiré la sonnette d’alarme en attirant l’attention sur les conséquences potentiellement dramatiques de ces bombardements à huis clos sur les civils. Tout porte à croire que le pouvoir congolais, malgré ses dénégations, a « verrouillé » la zone pour s’en donner à cœur joie, à un « nettoyage » qu’il qualifie pudiquement de bombardements « ciblés » et « proportionnés ».

Tout cela, dans le seul but de casser et prévenir toute contestation de la réélection du président Denis Sassou Nguesso, qui attend, du reste, d’être investi demain dans ses nouveaux anciens attributs de chef d’Etat qu’il arbore depuis plus de trois décennies. Et face à la répression qui s’abat sur les populations du Pool, l’opposition semble avoir jeté l’éponge ; elle qui reste atone et aphone face aux agissements du gouvernement et à la confiscation du pouvoir par le président Sassou. Or, Dieu seul sait combien de Congolais, dont certains cherchent désespérément à échapper aux bombardements en cours, réprouvent les agissements actuels du gouvernement de Brazzaville tout autant que les conditions opaques dans lesquelles s’est déroulé le dépouillement des résultats du scrutin qui a abouti à la confirmation, le fusil sur la tempe, de la victoire de Sassou Nguesso par une Cour constitutionnelle aux ordres. Si fait que l’on ne peut s’empêcher de se demander s’il y a encore des hommes au Congo, capables de donner de la voix pour défendre le droit et une Constitution torpillés et martyrisés par un septuagénaire dictateur boulimique du pouvoir, qui n’hésite pas à retourner les armes du peuple contre le même peuple, afin de le réduire au silence. Tout cela, sous le silence voire la complicité coupable d’une communauté internationale démissionnaire, qui attend toujours comme à son habitude que les choses se corsent pour venir jouer les pompiers, quand elle ne donne pas l’impression d’adouber le dictateur.

Le peuple congolais ne devrait pas se laisser gagner par la résignation

Pour sûr, Sassou Nguesso qui tient sa chose, ne reviendra pas en arrière. Et tout indique qu’il est prêt à brûler le Congo pour conserver son fauteuil, même si, pour cela, il doit enjamber des milliers de cadavres de ses compatriotes. De fait, il est dans la même logique que le Burundais Pierre Nkurunziza. Si fait qu’une éventuelle intervention de la communauté internationale ne serait rien d’autre qu’un combat d’arrière-garde sans issue. Car, malheureusement, tout semble indiquer que la terreur qui s’abat sur les populations du Pool a eu l’effet escompté par le pouvoir : celui de ramollir les ardeurs de tous ceux-là qui s’apprêtaient à ruer dans les brancards pour dénoncer la forfaiture de Sassou. Dans ce climat de terreur et d’intimidation, seule Dame Munari née Mabondzot Claudine, candidate malheureuse à la dernière présidentielle, incarne le courage, elle qui appelle à manifester vendredi contre l’investiture de Sassou. Comment ne pas s’incliner devant l’audace d’une telle amazone qui a donné de la voix là où beaucoup de ses pairs mâles ont fait profil bas ? En tout cas, son courage n’est pas sans rappeler ces paroles de l’hymne du Wassoulou, composé à la gloire de l’Almamy Samory Touré pour son leadership et qui dit ceci : « Si tu ne peux organiser, diriger et défendre le pays de tes pères, fais appel aux Hommes plus valeureux. Si tu ne peux dire la vérité en tout lieu et en tout temps, fais appel aux Hommes plus courageux. (…) Si tu ne peux porter le fer et braver l'ennemi, donne ton sabre de guerre aux femmes qui t'indiqueront le chemin de l'honneur (…)». En tout état de cause, il appartient au peuple congolais de prendre son destin en main. Pour cela, il ne devrait pas se laisser gagner par la résignation, car le Congo, à l’image de beaucoup d’autres pays africains, mérite une vraie transition démocratique. Autrement, devant la satrapie de Sassou, ce serait remettre complètement son sort entre les mains de Dame nature pour qu’elle fasse le reste.

Outélé KEITA, Journal Le Pays

Tag(s) : #Sassou, #élection, #Congo Brazza
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